Bruyères : décès de Mathilde Durand (30/12/2008)

mathilde Durand.jpgLe décès à Epinal de Mathilde Durand a été appris avec consternation sur tout le secteur de l'Avison où elle était bien connue. Son état de santé devenu précaire s'était brusquement détérioré et avait justifié son transfert dimanche 28 décembre au centre hospitalier Jean Monnet. Elle s'est éteinte entourée de l'amour des siens qui veillaient sur elle. Née Schwoob, le 19 mai 1920 à Fegersheim (67), Mathilde, dont le père avait été enrôlé de force sur le front Russe en 1914, vécu une enfance marquée par la guerre et la situation particulière de l'Alsace. C'est là qu'elle passa sa jeunesse, lorsque survint un nouveau conflit avec l'Allemagne.
Mathilde choisit de quitter sa région natale. Elle arriva à Brouvelieures chez la cousine d'une amie qui l'accompagnait dans son exil. Elle fut alors accueillie avec bonté chez Bépi et Mathilde Costa. Des personnes à qui elle voua toujours une grande reconnaissance. C'est à cette époque qu'elle connut Hubert Durand. Il devait devenir son mari le 6 janvier 1940. Des événements tragiques jalonnèrent son existence. Mathilde Durand fut témoin de faits qui lui permirent de sauver beaucoup de vies humaines. Un bombardement venait de frapper Brouvelieures, et environ 25 personnes se trouvaient cachées dans une cave lorsqu'un Français révolté qui se trouvait dans la rue tira avec un révolver sur les Allemands. La réplique armée fut immédiate. Les Allemands pensaient que les coups étaient partis de la cave et ripostèrent en ce sens. Des gens qui se tenaient debout dans l'abri périrent. Mathilde qui parlait la langue de l'occupant n'écouta que son courage. Elle fit front les conjurant en hurlant d'arrêter le massacre d'innocents, pour la plupart des femmes et des enfants. Son intervention toucha l'ennemi qui cessa le feu. Une autre fois, alors qu'un feu accidentel s'était déclaré à l'intérieur de la scierie Jeancolas, elle jura au SS présent qu'il ne s'agissait pas d'une manœuvre de résistants. La menace de fusiller des hommes tomba à néant. La guerre s'achevait lorsqu'un jour elle se trouvait au cimetière en visite sur une tombe. À la recherche de métaux à fondre les Allemands rageaient de ne plus trouver les obus placés autour du monument. Dix hommes furent rassemblés dos au mur. Mathilde fut la providence des condamnés. Elle jura au péril de la découverte de son mensonge qu'elle avait vu une camionnette allemande venir prendre les fameux obus. Ce ne sont là que quelques faits, car elle aida aussi à ravitailler le maquis.
Employée du restaurant Dossmann, elle fut plus tard, et cela, pendant de très nombreuses années, employée au restaurant de la Renaissance à Bruyères.
Mère de cinq enfants : Hubert qui habite à Meyrargues au Maroc ; Marie-Madeleine, épouse Cadario à Bruyères, Michèle, épouse Peltier, adjointe au maire à Bruyères, Danièle à Bruyères et Jean-Jacques à Gugnécourt. Grand-mère de 7 petites filles, Mathilde connut le bonheur de voir la venue au monde de 16 arrière-petits-enfants, dont le dernier n'a que 5 mois. Veuve d'Hubert depuis 1976, Mme Durand laisse le souvenir d'une femme courageuse très attachée à sa famille. Résistante de l'ombre, elle fut de ceux dont on ignore trop souvent les actes de bravoure. Ceux-là mêmes qui n'ont que la mémoire pour reconnaissance.
Mathilde Durand qui demeurait rue du 442 RIA repose au funérarium Lapoirie à Bruyères. Ses obsèques seront célébrées vendredi 2 janvier 2009 à 14 h 30 en l'église paroissiale de Bruyères. Sincères condoléances.


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